Théo Saffroy

Ce dernier weekend de septembre a eu lieu la Normandy Beach Race sur la plage historique de Sword Beach à Ouistreham. Malgré une situation pandémique prépondérante et une météo capricieuse, les amoureux de sport mécanique vintage étaient au rendez-vous.

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Les 25, 26 et 27 septembre derniers, Ouistreham accueillait la deuxième édition de la Normandy Beach Race : une course sur sable de 200 mètres de long où s'affrontent des véhicules d'avant 1947 pour des runs en un contre un. On y a retrouvé des modèles complétement fous, avec un paddock principalement dominé par les américaines (Harley et Indian), mais on a vu aussi des françaises (Terrot, Magnat-Debon, Dollar et une Peugeot) !

Pour le public - qui a atteint la jauge maximale des 5000 personnes autorisées le samedi - c'était l'occasion rêvée de voyager dans le temps en s'offrant un vent d'émotions dans une ambiance rockabilly où les pilotes, en tenue d'époque, créèrent la parfaite illusion.

Si on retrouve les premières courses de vitesse au début du XXème siècle, le format « sur plage » est né au lendemain de la Seconde Guerre Mondiale aux retours des GI aux Etats-Unis. Propulsé par la culture custom des hot rods, les « beach races » naquirent avant tout de leur volonté de se retrouver, à moto ou en voiture, pour s'amuser et soulager les traumatismes de guerre :
« A leur retour, ils ont trouvé dans leur jardin des véhicules des années 30, plus trop au goût du jour, et ont commencé à les bricoler avec un peu près aucune limite. » nous raconte Jean Marc Lazzari, ancien pilote et co-fondateur de l'évènement.

Au lendemain de la guerre la contrainte du collectionneur n'existe pas tant les modèles utilisés sont abordables : les surplus militaires sont revendus une bouchée de pain et la production civile reprend son cours. Peu valorisées, les pièces des véhicules Ford ou Harley Davidson sont plus simples à échanger et bricoler dans son garage.

Et si l'année 1947 est une référence c'est qu'elle marque une rupture technologique fulgurante avec l'arrivée des moteurs Panhead qui remplacent les Knucklehead chez Harley Davidson puis chez Indian. Cette amélioration des performances, qui induit une survitesse sur le sable, n'est pas privilégiée pour les courses. Il est aussi question de style : on veut que du vintage sur le sable !

A Ouistreham, les racers sont avant tout de grands passionnés qui viennent pour le plaisir de partager un moment unique et faire le show pour un public curieux : NBR est la seule course sur sable existante à ce jour en France. La course n'est pas chronométrée, ce n'est donc pas n'est pas une compétition mais un duel de vitesse entre pilotes. Ça ne va pas très vite, ça s'embourbe, ça s'enlise au démarrage et après on trace son sillon sur fond de deuxième !

Au total un beau plateaux de 80 concurrents, avec 40 motos et 40 voitures, des concerts le samedi soir et une première historique avec des runs de nuit pour les racers les plus courageux qui ont fait face aux rafales de vent, aux manques de visibilité et à une piste aux sillons déjà bien creux.

Ce n'était pourtant pas gagné pour l'organisation dans cette année si particulière : « nous avons dû nous adapter au protocole sanitaire qui a évolué à deux ou trois reprises avant d'avoir l'accord du préfet » raconte Jean-Marc.

D'autre part, dans un contexte social et écologique peu favorable aux roulages en pleine nature, l'enjeu était de taille. Le comité d'organisation a longtemps dialogué avec les associations écologiques référentes avant de convenir du meilleur endroit, et ainsi éviter le passage de la foule sur les dunes limitrophes : « c'est une plage qui a l'habitude d'accueillir des véhicules lors des commémorations et de ce fait elle est particulièrement adaptée. Par exemple elle n'a pas de drain, elle a donc un sable fréquemment renouvelé, avec 1500 tonnes de sable récupéré chaque année. »

Concernant la pollution, l'accent est mis sur la « propreté des véhicules ». Les fuites sont interdites à la sélection et le liquide de refroidissement est remplacé par de l'eau. Les véhicules sont contrôlés avant la course pour vérifier et ajuster tous détails en privilégiant la sécurité du pilote. Une expertise que l'équipe tient de ses multiples participations aux courses américaines, notamment The Gentleman Race ou « TROG » pour les initiés.

Une édition miraculeuse qui a tenue toutes ses promesses, bravo à l'organisation !
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